‘‘Jour pour jour’’: 30 avril-1er mai 2012
L’ambition de tenir les élections en juillet, dans un pays en guerre, si elle apporte du vent au moulin des primats de la confusion et du situationnisme, conjugue-t-elle la crise profonde que vit le pays depuis plus d’une année ?
L’espoir d’une sortie de crise espéré avec l’intervention française et africaine à nos côtés doit-il rendre notre peuple amnésique quant au comment en sommes-nous arrivés là ? Nulle intention de remuer le couteau dans la plaie : simple rappel des actes et paroles, l’idéal et la conviction, de la position et posture, des projets et ambitions des uns et des autres… Sont-ils restés constants ou ont-ils varié sur l’échelle d’une année ? « Jour pour jour » se propose de revenir sur les évènements et les prises de positions des différents acteurs nationaux (à commencer par Info-Matin), et internationaux impliqués dans la crise à partir de mars 2012 qui a vu le Mali plonger dans les abysses.
Avis de turbulences sur la transition à Bamako
Sale temps à Bamako, au propre comme au figuré, en ce début de la semaine. Sale temps, pas seulement sur le plan météorologique avec une ville recouverte d’une épaisse couche de poussière depuis l’après-midi de ce dimanche 29 avril 2012, mais aussi et surtout très mauvais temps au plan politique.
Outre le ton qui monte d’un cran entre la junte militaire malienne et la CEDEAO suite aux décisions prises par le sommet extraordinaire tenu à Abidjan le 26 avril 2012, décisions violemment contestées par le Comité national de redressement de la démocratie et de restauration de l’Etat (CNRDRE) et ses soutiens politiques et associatifs, le front social entre en ébullition avec les élèves et étudiants qui ont boycotté les cours dans la capitale et dans de nombreuses villes du pays compliquant davantage la tâche au nouveau gouvernement, qui tenait son premier conseil dans la matinée.
Et comme si tous les dieux s’étaient conjurés contre le Mali, les militaires divisés en deux camps (bérets rouges et bérets verts) se tirent dessus.
La Transition vacille, la République se fragilise, le Peuple est défense…
La guerre des bérets ou...
Comme une réplique logique à la suite d’une secousse sismique, « un coup était en l’air » ; une action contre le putsch qui a renversé le président ATT pesait sur l’atmosphère bamakoise en ce mois d’ avril où les politiciens n’avaient pas leurs comptes à la suite de la mise en place le 24 avril du premier gouvernement de la Transition et où les militaires ayant pris le pouvoir s’opposaient à l’envoi de militaires à Bamako pour sécuriser la Transition et à la prolongation du mandat du président intérimaire au-delà des 40 jours… Et où l’on commençait à jacasser sur l’omniprésence de la Junte.
Prenant prétexte de la convocation de leur Commandant de compagnie, le 33ème Bataillon des commandos parachutistes de Djocoroni (les bérets rouges) met en œuvre le projet de contre coup d’État pour « débarrasser le Mali de la Junte ». Malgré, les appels à la fraternité d’armes du Capitaine ce 30 avril 2012 en début de soirée, les bérets qui avaient ligoté et séquestré déjà les émissaires du capitaine Sanogo passent à l’attaque avec l’appui de mercenaires étrangers.
...le contre coup d’Etat maté
La date du 30 avril 2012 restera à jamais une tache sombre dans l’histoire de notre vaillante armée. En effet, vers le petit soir, le 33ème RPC de Djicoroni-Para (les bérets rouges) enclenche le processus de contre coup d’État à l’aide de mercenaires (recrutés par qui ?) pour mettre hors d’état de nuire la Junte militaire de Kati qui avait renversé le 22 Mars leur mentor, celui dont ils avaient la garde : le général ATT en exil depuis à Dakar. Après avoir occupé momentanément le siège de la Télévision nationale et l’Aéroport au terme d’un carnage, les bérets rouges échouent dans leur progression vers Kati, QG de la Junte.
Après une nuit d’âpres combats, les éléments fidèles au Capitaine Sanogo, chef de la Junte (des bérets verts), réussissent à mettre la « situation sous contrôle », et le mardi 1er mai 2012 vers 14 heures le camp-para de Djocoroni donc des bérets rouges passe totalement sous leur contrôle et alors commence la chasse au béret rouge avec les conséquences souvent douloureuses qu’on connait. C’est cet épisode sombre de la crise institutionnelle que la presse a appelé la guerre des bérets.
Après plusieurs mois de gestion interne (dissolution du corps des bérets rouges ; arrestation des contre putschistes, affectation des autres éléments), de médiation ainsi que d’instrumentalisation politicienne de l’affaire, les frères d’armes et fils du Mali, bérets rouges et bérets verts, pour l’intérêt du pays en guerre contre l’ennemi commun ont définitivement enterré le hache de guerre à travers une cérémonie de réconciliation le lundi 25 mars 2013 au camp para de Djicoroni. Comme pour dire aux politiciens : nous sommes frères d’armes, fils d’un même pays, nous tournons la page pour l’amour et l’intérêt supérieur du peuple Malien. Retour sur quelques points :
Pour ATT ou pour Abdine ?
Lundi 30 avril 2012 de tous les dangers à Bamako. Après la fusillade qui a éclaté le matin à l’université de Bamako, tuant une femme par «balle perdue», le siège de la Télévision nationale (ORTM) est attaquée vers 19h, l’aéroport ainsi que le camp militaire de Kati.
Ce Lundi 30 avril 2012, en fin d’après-midi et jusqu’au milieu de la nuit, les « forces restées loyales au président Amadou Toumani Touré ont mené des attaques contre le camp des ex-putschistes à Kati », l’aéroport et la télévision nationale (ORTM), occupée par les éléments du capitaine Amadou Haya Sanogo.
La population apeurée, planquée à domicile, vit une nuit d’affrontements violents, à l’arme lourde notamment. Un mois et demi après le putsch, cette offensive s’apparente à une tentative de « contre-coup d’État » des « bérets rouges » restés fidèles à Amadou Toumani Touré.
Toutefois, selon certaines sources militaires, les affrontements ont commencé quand la junte militaire a voulu arrêter le commandant du Camp Para de Djicoroni, le Colonel-major Adbine Guindo. Ce dernier est considéré comme l’un des rares fidèles et soutiens du président déchu, Amadou Toumani Touré en exil à Dakar (Sénégal). Dans la nuit du 21 au 22 mars 2012, c’est ce vaillant officier qui avait réussi à exfiltrer ATT du Palais présidentiel sous les tirs nourris des putschistes.
La chutte du camp-para de Djicoroni
Après s’être déployés au niveau de certains points stratégiques de la capitale, les bérets rouges se sont retranchés à leur camp à Djicoroni. A la mi-journée, les tirs d’armes légères et lourdes sont entendus vers le camp et d’autres proviennent de ce même camp. Après d’intenses combats, le camp des bérets rouges tombe finalement aux environs de 14 heures. L’annonce de l’’’occupation’’ et la prise totale du 33è régiment des commandos parachutistes (communément appelés bérets rouges) par les forces armées et de sécurité sera faite par le capitaine Amadou Haya Sanogo, lui-même ce mardi 1er mai dans l’après- midi à la télévision nationale.
Un bilan lourd…
Le 1er mai au matin, l’ex-junte affirme contrôler la situation après des combats ayant opposé des bérets-vert des ex-putschistes du capitaine Sanogo, à des bérets-rouge des partisans de l’ex-président ATT.
Un lieutenant de l’ex-junte, entouré d’hommes en armes, s’exprimant au nom du capitaine Sanogo, est apparu au petit matin mardi à l’ORTM pour dénoncer « des forces obscures » à l’origine des « attaques », faisant état d’arrestations sans autre précision. Bilan: « Nous avons eu 14 morts et 40 blessés », a déclaré à l’AFP le docteur Abdoulaye Nene Coulibaly, directeur de l’hôpital Gabriel Touré à Bamako, précisant qu’il s’agissait de militaires des forces loyalistes et de l’ex-junte
Selon un autre bilan qu’a pu établir Jeune Afrique, il y aurait au moins 11 morts, dont 5 civils, tous tués par balles et environ 30 blessés. « Après les premiers soins, les blessés militaires ont été transportés dans l’infirmerie de leur garnisons respectives », précise Adama Traoré, chargé de communication de l’hôpital Gabriel Touré.
« La situation sous contrôle »
En cette matinée du mardi 1er mai, journée internationale du Travail, la caserne de Kati, l’ORTM (Télévision nationale) et l’aéroport international de Bamako-Sénou sont sous contrôle du Comité national de redressement de la démocratie et le redressement (CNRDRE), selon une déclaration de son président, le capitaine Amadou Haya Sanogo, lue par un lieutenant dudit comité à la télévision nationale (ORTM) :
« Des individus malintentionnés se sont permis d’attaquer le caserne de Kati, l’ORTM et l’aéroport international de Bamako-Sénou, afin de déstabiliser le processus de retour à l’ordre constitutionnel normal (...) Lesdits endroits sont en ce moment sécurisés et aux mains des forces armées et de sécurité. Les éléments pris proviennent de divers horizons et soutenus par d’autres forces internes et obscures. Certains de ces éléments sont détenus par les forces armées et de sécurité pour les investigations approfondies ».
Le CNRDRE a indiqué que des assaillants avaient été pris et qu’ils feraient objet d’enquêtes approfondies afin que «tous ceux qui sont impliqués dans ces attaques soient arrêtés et traduits devant les juridictions compétentes»
Un important arsenal a été montré pendant la lecture d’un communiqué du CNRDRE. Le communiqué est muet sur le bilan de ces affrontements qui ont duré de 19h jusqu’à 4 heures. Certaines sources médicales font état aux agences de presse d’une centaine de blessés et des dizaines de morts, notamment au sein des forces proches de la junte militaire du Capitaine Amadou Haya Sanogo. La junte exhorte les populations à vaquer librement à leurs occupations et recommande aux forces armées et de sécurité la plus grande vigilance.
Arrestations massives suite au coup d’Etat manqué
Malgré les apaisements du Capitaine et du porte-parole du gouvernement, des tirs seront entendus au cours de la nuit. La junte va procède également à l’évacuation de certains bâtiments de Bamako, dont celui de l’ORTM pour aider la mission des soldats qui sont en train de ratisser la ville à la recherche de mercenaires qui se cachent au milieu des Bamakois. Environ 240 civils et militaires, maliens et étrangers, ont été arrêtés à suite à la tentative de contre coup d’État menée lundi. Le chef d’état-major des armées, le colonel-major Ibrahim Dahirou Dembélé, a affirmé ce mardi 1er mai au soir que des membres du 33e Régiment de commandos-parachutistes, basés au camp de Djikoroni, souhaitaient attaquer l’ORTM et l’aéroport, afin de « permettre l’arrivée de renforts extérieurs », puis prendre le contrôle de la caserne de Kati afin de tuer les hauts responsables de la junte.
La junte ne remet pas en cause la transition
Malgré l’échec des contre putschistes et de leurs complices tapis dans l’ombre, le Chef de la Junte, le Capitaine Amadou Haya Sanogo reste fidèle à ses engagements souscrits dans le cadre de l’Accord-cadre et ne remet pas en cause la Transition chancelante.
Dans une interview à la radio-télévision nationale (ORTM) ce mardi 1er mai 2012 le capitaine Amadou Haya Sanogo, désignant les auteurs des attaques, il a évoqué « des mercenaires venus d’ailleurs et les éléments du RCP (régiment de commandos-parachutistes) qui se sont associés », explique :
« La tentative d’hier est une atteinte à nos personnes. C’est sous contrôle. L’accord-cadre demeure, le président est là, le gouvernement demeure. C’était un problème interne qui est géré et qui n’a rien à voir » avec l’accord. « Il y a eu effectivement une succession d’événements. Je tiens à rassurer la population. Je vais bien, le Comité va bien, et pratiquement toute la structure. Je veux les rassurer tout en invitant la population à la vigilance », a assuré le capitaine Sanogo.
Hamadoun Touré, ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement de transition dirigé par Cheikh Modibo Diarra, a pour sa part déclaré que « le Premier ministre et son gouvernement (…) prennent toutes les mesures appropriées vue de la restauration de la normalité ».
Conférence de presse de la Cnas :
Les responsables de la Convention nationale pour une Afrique solidaire Faso-Hère (CNAS-FH) ont animé, le 30 avril, à leur siège, sis à Hamdallaye, une conférence de presse dont l’objectif était de clarifier leurs opinions et positions sur les décisions «graves» que la CEDEAO a prises contre le Mali, lors de son dernier sommet à Abidjan. Tout en réitérant sa condamnation du Coup d’État du 22 mars 2012, son refus du fait accompli ainsi que son attachement à la Constitution du 12 Janvier 1992 et à l’intégrité territoriale du Mali, la Convention Nationale pour une Afrique Solidaire –Faso Hèrè (CNAS-Faso Hèrè) tient à marquer son indignation face au Communiqué final d’Abidjan et à l’attitude inacceptable d’arrogance et de mépris que la CEDEAO affiche à l’endroit du Peuple malien.


