Diarrhées infantles : des chercheurs maliens découvrent trois nouvelles surprises
La plus grande étude complète jamais réalisée, à l’échelle mondiale, sur les maladies diarrhéiques est celle multicentrique mondiale des germes entériques (GEMS).
Ses résultats ont été présentées, hier jeudi, à la presse, au Centre national de lutte contre la maladie (CNAM), par une équipe de chercheurs du Mali qui y a participé, à travers le site GEMS de Bamako, piloté par le Centre pour le développement des vaccins au du Mali (CDV-Mali, le CNAM et le ministère de la Santé). Quant à la responsabilité scientifique de la recherche, elle était principalement assurée par le Pr. Samba Ousmane SOW, directeur du CNAM.
C’est principalement le responsable scientifique de l’étude, Samba Ousmane SOW, qui a présenté l’étude et ses enjeux aux journalistes.
Il avait à ses côtés les membres de son équipe et plusieurs professionnels de la santé.
Selon le Pr. SOW, le GEMS a été dirigé et coordonné par le CDV de la Faculté de médecine de l’Université du Maryland avec le soutien financier de la Fondation Bill & Melinda GATES.
Selon le conférencier, l’étude multicentrique mondiale des germes entériques (GEMS) est la plus complète par la taille de l’échantillon et englobe pas moins de sept sites géographiques différents avec un panel de 22 568 enfants étudiés repartis, selon trois catégories d’âge: 0-11 mois, 12-23 mois, jeunes enfants (24-59 mois).
Elle a été menée sur un site géographique englobant l’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud, a-t-il précisé.
Dans ces régions, plus de 80% des morts infantiles en dessous de 5 ans sont enregistrées à cause de la diarrhée.
Le conférencier a soutenu que cette étude s’est déroulée sur une période de trois ans afin de couvrir toute les variations possibles cliniques et annuelles des occurrences diarrhéiques.
Jusque-là, les plus grandes études en termes de durée n’ont guère dépassé 24 mois, selon le conférencier.
Au Mali, comme sur les autres sites, quatre agents pathogènes ont été mis à jour comme responsables de la plupart des cas de diarrhée aigües : rotavirus, Cryptosporidium, Shigella et ST-ETEC.
Pour la ville de Bamako, GEMS a évalué le nombre de DMS pour 100 enfants-année à presque 40 chez les nourrissons, à plus de 34 chez les jeunes enfants, et à pratiquement 15 chez les 2-5 ans.
Les chiffres obtenus pour la tranche d’âge supérieur étaient les plus élevés de tous les sites africains réunis, selon le Pr. Samba O. SOW.
En termes de répercussions, l’étude montre que l’épisode de DMS peut engendrer de lourdes répercussions autant sur la croissance de l’enfant que sur ses risques de décès.
Ainsi, lors d’une visite de suivi médical, deux mois après l’épisode, les retards de croissance étaient encore significatifs chez les nourrissons, mais plus chez ceux de 2-5 ans.
Les enfants touchés par le DMS présentaient un risque de décès 5 fois et demi supérieur aux autres enfants de la population témoins, a-t-il expliqué.
Selon le conférencier, cette étude va fournir de nouvelles données scientifiques importantes qui aideront les chercheurs, les responsables politiques, les bailleurs de fonds et les défenseurs des droits des enfants à prendre des décisions fondées sur des données afin de réduire la charges de morbidité mondiale des maladie diarrhéiques.
Afin de pouvoir déterminer le pourcentage exact de cas correspondant à chaque agents pathogène, les chercheurs ont testé 40 pathogènes différents sur des prélèvements de manière fécales d’enfants atteints de DMS pour les comparer ensuite à des prélèvements témoins faits sur des enfants correspondant exactement, en âge et en sexe, à la population étudiée, a expliqué le directeur de la CNAM.
Les surprises se situent au niveau des découvertes, selon lui.
Ainsi, ‘’Rotavirus’’ a été découverte comme la première cause de DMS pour la catégorie d’âge nourrissons pour tous les sites.
Il est suivi de ‘’Cryptosporidium’’, un agent pathogène qui n’était pas considéré comme un contributeur majeur.
En dernière analyse, la bactérie ‘’Shigella’’ s’est révélée comme la seconde cause de DMS pour la catégorie d’âge jeunes enfants dans cinq sites.
Ces agents qui étaient très peu connus dans les infections diarrhéiques ont pris le pas sur les autres, selon le conférencier.
Une autre inquiétude des chercheurs, c’est le traitement antibiotique de ces agents.
En effet, a expliqué, le Pr. SOW, leur traitement efficace est recherché dans la famille des vaccins.
Dans la même veine, il a révélé qu’un vaccin existait déjà contre ‘’Rotavirus’’.
Le Mali va déployer une campagne de vaccination contre cette bactérie en fin 2013 ou du moins en début 2014, a ajouté le Dr Ousmane DEMBELE de la direction nationale de la Santé.
Face aux données locales, il semble particulièrement urgent de mettre en place, non seulement un suivi médical à plus long termes, mais également une hygiène alimentaire suffisante et appropriée pour tous les enfants touchés par le fléau.
Par Sidi DAO


